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Dans le Sahel central, la récurrence de l’insécurité impacte la santé des populations

Dans le Sahel central, l’insécurité et maintenant la crise de la Covid 19 aggravent la situation sanitaire des populations. Devant la débâcle des structures civiles, l’auteur demande l’installation de postes sanitaires militaires.

Abstract :

In the central Sahel, insecurity and now the Covid 19 crisis are worsening the health situation of the populations. Faced with the collapse of civilian structures, the author calls for the installation of military medical posts.

À la charnière entre l’Afrique noire et l’Afrique du Nord, le Sahel est un espace tampon d’environ 3 millions de km2. Certains spécialistes restreignent le Sahel principalement aux 5 pays de l’Afrique Subsaharienne : Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Soudan et le Sud algérien et son prolongement marocain. L’approche politique et institutionnelle d’une vue plus large prend comme pays du Sahel les 9 États du Comité permanent de Lutte contre le Sécheresse dans le Sahel (CILSS) : Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad. Le Sahel ne recouvre qu’une partie du territoire de ces états.
Cette région qu’est le Sahel est aujourd’hui instable. Une instabilité qui tient à plusieurs causes structurelles : le manque d’emploi pour les jeunes dans une région où les trois quarts de la population ont moins de 25 ans ; la limitation de l’accès au secteur de la santé, un secteur mal en point. On note un désintérêt politique pour la santé en général, la plupart des États consacrent moins de 10% de leurs budgets nationaux à ce secteur. Pourtant, pour booster le financement de la santé, ces états avaient convenu d’une déclaration commune à Abuja au Nigeria en 2001, engageant chacun d’entre eux à consacrer au moins 15 % de leur budget global à la santé.

Une crise sécuritaire qui fragilise l’accès des communautés aux soins de santé

Aujourd’hui, une partie du Sahel devenue le sanctuaire des groupes armés et djihadistes échappe au contrôle des États. C’est la zone dite des « trois frontières », encore appelée Sahel central, où se rencontrent sans délimitation physique les territoires du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Cette zone est depuis 2017 la région de tous les dangers. Elle est l’épicentre militaire de la crise. Une crise sécuritaire qui fragilise l’accès des communautés aux soins de santé et met en péril la sécurité sanitaire globale.

Début 2020, dans la zone des trois frontières, 4,3 millions de personnes avaient besoin d’une aide d’urgence en santé et plus de 3,9 millions de personnes d’une aide d’urgence en nutrition. L’accès à la santé est encore plus faible ; toute la zone est largement en dessous des seuils minimums recommandés par l’OMS sur le nombre de professionnels de santé rapporté au nombre d’habitants. La crise de la COVID 19 a par ailleurs exacerbé la vulnérabilité de ces populations fragiles en restreignant l’accès à certains services (santé, nutrition, éducation), et a mis en exergue les faiblesses des systèmes alimentaires locaux dont elles sont tributaires, exacerbant leur risque d’insécurité alimentaire et donc de malnutrition.

Les centres et infrastructures de santé pris pour cibles par les groupes armés

La crise sécuritaire dans la zone dite des trois frontières est venue perturber et limiter l’accès de nombreuses communautés aux services de santé. Des communautés prises en tenaille entre les groupes armés, les violences intercommunautaires et les opérations militaires. Les centres de santé et autres infrastructures de santé sont fréquemment pris pour cibles par les groupes armés.

Hormis cette insécurité, travailler dans la zone des trois frontières est synonyme d’isolement pour le personnel soignant : pistes impraticables, réseau téléphonique aléatoire, maintenance des infrastructures de santé existantes désorganisée. Certains personnels soignants désertent par manque de motivation. Dans un rapport publié en octobre 2020, «le Sahel central, aperçu des besoins et des fonds requis révisés» dans la perspective de la table ronde ministérielle sur le Sahel central, le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA), relève que plus de 150 centres de santé dans la zone des trois frontières ne sont pas fonctionnels et qu’une personne sur cinq a besoin d’assistance et de protection vitale, dont celle en besoins de santé. Au Mali, par le fait des groupes armés, près de 20% des centres de santé dans la zone des trois frontières sont en partie endommagés ou détruits, et au Burkina Faso, 14% de ces établissements de santé sont fermés ou ne fonctionnent que partiellement.

L’on ne dira jamais assez, les conséquences de la crise sécuritaire se ressentent sur les centres de santé surtout ceux qui sont encore opérationnels. Ils peinent à répondre aux besoins des communautés. En certains endroits, les centres de santé sont pillés et désertés par le personnel médical qui y travaillait. Seules les Organisations humanitaires internationales pallient l’absence des États, à travers des actions médicales mobiles, qu’elles appellent «cliniques mobiles». Ces cliniques mobiles pourraient rompre l’isolement des communautés, surtout des communautés nomades (les éleveurs particulièrement), malheureusement, la simple traversée des cours d’eau pour les atteindre constitue un autre obstacle.

Il existe quelques pistes de solutions endogènes en débats, notamment, l’appui des services de santé militaire dans les zones non sécurisées ou aucun service de santé ne peut plus être assuré par les structures publiques et étatiques. C’est ce que fait l’Union européenne au Mali avec les services de santé des forces armées maliennes (FAMA).

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