NDLR: Nous donnons ici l’intervention de Serge Klopp référent psychiatrie du PCF lors du meeting du Printemps de la psy du 28 mars 2026
Notre ambition politique au PCF est de garantir à chaque citoyen en souffrance, de la plus grave à la plus bénigne, l’accès à un soin de qualité individualisé, tenant compte de sa singularité que ce soit sur le plan biologique, psychique, social et de son histoire propre. Nous souhaitons d’abord attirer votre attention sur l’aspect le plus dangereux et néfaste pour la santé psychique de notre population du projet de Loi sur les Centres experts.
C’est le fait que le Secteur devienne dispositif de 2nde ligne, la 1ère ligne étant composée des médecins généralistes, et des psychiatres et psychologues libéraux. Alors que le premier problème de la population c’est de ne plus pouvoir accéder aux soins dans le cadre du dispositif public de Secteur, on ne pourrait plus y accéder directement. Il faudra impérativement y être adressé par un des acteurs de 1ère ligne.
De ce fait une majorité de patients actuellement suivis en CMP et CATTP devront se rabattre sur leur généraliste s’ils en trouvent, particulièrement ceux qui n’ont pas les moyens de payer un psychiatre de Secteur 2, ou un psychologue au-delà de ce qui est prévu par « Mon psy ». Ou de renoncer en se disant que ça va passer. Rappelons que, déjà, des millions de personnes en souffrance n’ont pour tout soin que la prescription d’antidépresseurs, alors que l’on sait que leur efficacité disparait s’ils ne sont pas associés à une psychothérapie et des millions sont sans aucun soin et n’ont pas conscience de ce qui leur arrive.
Mais on sait qu’il ne suffit pas d’avoir accès aux soins pour être bien soigné. Aujourd’hui domine, au nom d’une pseudoscience, un modèle exclusivement biomédical, niant aussi bien la dimension psychique que sociale de la maladie. Pseudoscience parce qu’il s’agit d’une idéologie libérale qui tord ce que nous dit la science notamment l’imagerie médicale. Mais en niant à la personne ses dimensions psychiques et sociale, c’est son humanité même que l’on nie ! Tout n’étant que dysfonctionnement neuronal, le soin n’est plus centré sur la personne mais sur le symptôme, qu’il suffit de traiter. On passe de la nécessité de la continuité relationnelle des soins à celle du traitement L’intérêt c’est que cela permet la standardisation, voire l’industrialisation du soin, économiquement c’est super, sauf bien sûr si on intègre le cout humain.
Or, si on généralise les Centres experts, à qui à votre avis le généraliste qui est en difficulté avec un patient va-t-il l’adresser ? Au Secteur ou au Centre expert ? Qui est là justement pour établir un diagnostic, instaurer un traitement et réadresser le patient, suivant les besoins, vers la 1ère ou la 2ème ligne. Mais il ne se contente pas de réadresser, il le fait en donnant le programme de soins à suivre. Les Centres experts étant fondés sur ce modèle biomédical, il n’y aura plus de place pour toute autre approche dans le cadre du Service public de Secteur ! C’est-à-dire qu’il n’y aura plus possibilité de bénéficier de soins de qualité individualisés dans le cadre du Service public ! Le meilleur moyen d’empêcher cette dégradation sans précédent de la qualité des soins et donc de la santé de la population, c’est de réaffirmer que le Secteur est le dispositif public de 1ère ligne chargé d’accueillir toutes les souffrances psychiques quelle que soit leur gravité et d’assurer en son sein une graduation des prises en charge en fonction des besoins singuliers de chaque patient.
Mais cela ne suffit pas, il faut revenir à une conception du soin prenant en compte la complexité biopsychosociale dans son historicité de chaque patient. Et cela concerne tous les soignants qu’il faut former à cette approche complexe. Cela signifie qu’il faut arrêter de vouloir opposer les approches, qu’elles soient du côté de la social-thérapie, du comportementalisme ou de la psychodynamique. Il faut au contraire les utiliser en complémentarité mais aussi dans une coopération et une collaboration au sein des équipes. Dans ce travail l’apport de la psychanalyse n’est pas tant de faire des cures psychanalytiques que de donner du sens au symptôme et de permettre aux soignants d’analyser notamment en synthèse les effets du transfert, y compris pour ceux qui utilisent les techniques comportementales. Ce qui implique que, quelle que soit la technique, la relation psychique est toujours centrale.
En conclusion le Parti Communiste propose entre autres :
- De réaffirmer que le Secteur est le dispositif public de 1ère ligne pour la Santé mentale de la population
- De redonner au Secteur sa mission fondamentale de continuité des soins relationnels
- De redonner au Secteur les moyens humains en nombre et en qualité pour assumer cette mission
- Ce qui implique de former spécifiquement tous les soignants à la biogénèse, la psychogénèse et la sociogenèse et ce dès le diplôme initial (et pour les IDE pas que quelques Infirmiers de Pratiques avancées).
- De financer ces mesures au travers d’une Loi de programmation pluriannuelle
- D’en donner les moyens à la Sécurité Sociale au travers notamment de la cotisation des revenus financiers, en attendant de revenir à l’abrogation des ordonnances Jupée et un financement autonome de la Sécu par les cotisations et sa gestion par les salariés.
Mais vu la perte de ces valeurs du Secteur cela impose d’élaborer une Loi cadre de refondation du Secteur. C’est le sens de l’action politique que mène le PCF depuis près de 20 ans et que nous entendons poursuivre avec toutes celles et ceux (Syndicats, Partis, Associations, Citoyens) qui sont attachés à ces valeurs !


