Zoom sur les maladies tropicales négligées

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Résumé :
L’auteur attire notre attention sur ces maladies nombreuses trop négligées. Le relevé épidémiologique hebdomadaire du 16 janvier 2026 fait le point sur les décisions par l’OMS en 2021. Il donne la liste de ces pathologies et montre le chemin qui reste à parcourir. Sur 1,49 milliard de personnes ont été concernées seuls 867 millions ont été traités pour MTN en 2023. Les progrès réalisés au cours des dernières années sont donc éminemment fragiles, à un moment crucial où l’effort doit être maintenu au cours des 5 années qui nous séparent de 2030.

Abstract : The author draws our attention to these numerous and often neglected diseases. The weekly epidemiological report of January 16, 2026, summarizes the WHO’s decisions in 2021. It lists these diseases and highlights the work that remains to be done. Of the 1.49 billion people affected, only 867 million received treatment for NTDs in 2023. The progress made in recent years is therefore extremely fragile, at a crucial juncture where efforts must be sustained over the five years leading up to 2030.

L’OMS a fixé au 31 janvier il y a vingt ans la journée des maladies tropicales négligées (MTN), journée qui passe totalement inaperçue sous nos climats. Cette cause a pourtant été identifiée dans les objectifs de développement durable des Nations-Unies, de manière à réduire la charge mondiale de morbi-mortalité attribuable à ces infections. Une feuille de route a été mise au point par l’OMS en 2021 et le relevé épidémiologique hebdomadaire du 16 janvier 2026 résume le point actualisé de la situation.

Occasion pour porter l’attention sur ces affections dont on parle peu et dont la liste semble interminable. Comme on le verra, la situation s’améliore au cours des dernières années, toutefois les cibles fixées pour 2030 sont encore éloignées.

Une mobilisation de ce type implique l’industrie pharmaceutique, les partenaires multilatéraux, les politiques sanitaires nationales et internationales. Toute défaillance des partenaires impliqués à un titre ou un autre peut potentiellement retarder l’atteinte des objectifs.

Au-delà des données d’épidémiologie descriptive brute, affection par affection, les outils modernes permettent de mesurer des indices plus complexes qui peuvent contribuer à rendre compte de la charge de morbidité, telle que la DALY (espérance de vie corrigée sur l’incapacité), à évaluer les lacunes en termes de diagnostic, suivi, accès aux soins et logistique, financement (GAT – Gap Assessment Tool). Bien que les considérations soient différentes d’une maladie à l’autre, on note des points communs ou convergents sur les problématiques de santé publique : existence (ou non) d’un traitement type chimiothérapie préventive et l’accès à ce traitement, les réservoirs animaux, les transmissions vectorielles, la qualité de l’eau et de l’assainissement, la prise en compte dans la politique nationale de santé publique.

Globalement, les dernières données disponibles (2023) révèlent que 1,49 milliard de personnes ont été concernées par les MTN (-32% depuis 2010). 867 millions ont été traités pour MTN en 2023 (incluant les traitements préventifs). On note une baisse globale de la charge de morbidité DALY et de la mortalité. Toutefois, pour plusieurs données, l’amélioration semble se ralentir, notamment du fait de difficultés à l’accès à l’eau, mais aussi à des difficultés de recueil des données.

L’OMS distingue des objectifs différents répondant à des critères précis explicités dans la version complète du rapport. La situation d’une maladie donnée peut différer d’un continent à l’autre.

A/ Des maladies à éradiquer

Sous ce chapitre figurent

La dracunculose (ver de Guinée) dont les cas humains deviennent anecdotiques mais les cas animaux restent signalés au Soudan du Sud et au Tchad

Le pian qui reste toutefois endémique dans 16 pays

B/ Des maladies à éliminer

On considère sous cette rubrique des maladies dont il faut interrompre la transmission, telles que

 La trypanosomiase africaine (dite « maladie du sommeil »), encore endémique dans 24 pays,

La lèpre pour laquelle, sur les 184 pays qui ont fourni des données, 56 n’avaient relevé aucun cas.

Gros progrès concernant l’onchocercose (dite « cécité des rivières ») pour laquelle existe un traitement préventif (Ivermectine)

C/ Maladies à éliminer en tant que problème de santé publique

Maladie de Chagas dont le vecteur semble avoir été éliminé dans plusieurs pays d’Amérique Latine. Le risque théorique continue à constituer une contre-indication à la collecte du sang en Guyane Française

La trypanosomiase en très forte diminution en Afrique de l’Est

Leishmaniose viscérale, stable, après une forte diminution liée à la lutte anti-vectorielle (phlébotome)

Filariose lymphatique, dont la couverture thérapeutique avait fortement diminué pendant la pandémie de COVID-19

Les schistosomiases (bilharziose) dont les besoins de couverture semblent avoir diminué

La rage pose un problème particulier en ce sens que les décès induits paraissent avoir augmenté entre 2022 et 2023, essentiellement du fait d’une meilleure collecte des données.

Les géohelminthiases (parasitoses digestives) restent un des problèmes de santé publique majeur de la planète, ayant nécessité 457 millions d’interventions de santé en 2023, notamment la strongyloïdose.

La lutte contre le trachome reste d’actualité en Inde, Pakistan et Vietnam.

D/ Des maladies à contrôler

L’ulcère de Buruli (infection cutanée bucco-faciale liée à une mycobactérie) reste un problème préoccupant

La Noma, autre infection cutanée faciale touchant essentiellement les enfants, demeure toujours mal connue et sous-évaluée.

Le rapport cite également d’autres affections parasitaires, bactériennes ou fungiques à contrôler telles que l’échinococcose, la leishmaniose cutanée, la cysticercose, les mycétomes, chromoblastomycoses, paracoccidioïdomycose, sporotrichose, sur lesquelles les données font cruellement défaut et l’intégration dans les programmes de santé publique reste insuffisante.

Citons également les sous-notifications d’affections aussi diverses que la gale, le taeniasis, la cysticercose ou les morsures de serpent.

Enfin, les arboviroses (dengue, chikungunya) figurent également dans le champ de ce rapport de l’OMS, laquelle a inclus la dengue dans le niveau d’urgence le plus élevé.

A tous les échelons (recueil de données, notifications, outils diagnostiques, médicaments, partenariats, plaidoyer), les MTN ne sont pas assez prises en compte dans les systèmes d’information en santé publique. Une preuve en est que le recours aux guérisseurs reste encore très fréquent.

Les attentes sont importantes en matière de :

  • Innovations techniques thérapeutiques (prophylaxies, médicaments, vaccins)
  • Activités normatives et recommandations, renforcement des capacités régionales et locales, approches transversales nationales, évaluation des résultats.
  • Soutien opérationnel technique et logistique, notamment à partir des diverses sources de dons (supply chain)
  • Plaidoyer et partenariats
  • L’impact du changement climatique sur les MTN est mal connu et suscite beaucoup d’interrogations sur l’avenir. Une task force (WHO task team on climate change, neglected tropical diseases and malaria) poursuit les investigations notamment dans le domaine le l’extension des maladies transmises par les moustiques Aedes (arboviroses)
  • Sensibilisation à une approche centrée sur les droits humains que ce soit en matière d’utilisation des pesticides vis-à-vis des peuples autochtones, ou encore lutte contre la discrimination des personnes porteuses de la lèpre et leur entourage.

Le contexte géopolitique porte à l’inquiétude quant à la pérennité des financements, le changement climatique, même si ses conséquences réelles restent difficiles à modéliser ne joue pas en faveur de l’éradication des MTN.

Par ailleurs, l’exemple de la période de pandémie COVID-19 montre la fragilité des marges de manœuvre budgétaire des pays concernés puisque de 2018 à 2023, les crédits consacrés aux MTN dans le cadre de l’aide publique au développement ont diminué de 41%. Les progrès réalisés au cours des dernières années sont donc éminemment fragiles, à un moment crucial où l’effort doit être maintenu au cours des 5 années qui nous séparent de 2030.

Bibliographie :

1/ Lutter contre les maladies tropicales négligées pour atteindre les objectifs de développement durable : feuille de route pour les maladies tropicales négligées 2021–2030 [Ending the neglect to attain the Sustainable Development Goals: a road map for neglected tropical diseases 2021–2030]. Organisation mondiale de la Santé, 2021. Licence : CC BY-NC-SA 3.0 IGO.

2/ Rapport mondial sur les maladies tropicales négligées 2025 (www.who.int/publications/i/item/9789240114043)